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Le centre viticole de Corse veille sur les cépages endémiques

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Par Jacques Paoli–03 octobre 2019 à 18:53

« C’est le gardien du temple » selon sa directrice, Nathalie Uscidda-Pantalacci, car le CRVI de San Giuliano a permis la réappropriation par les producteurs de 21 cépages différents, ce qui fait de la Corse une région pilote. Etudier les variétés de cépages, les multiplier pour les diffuser aux vignerons, telles sont les missions qui furent à l’origine de la création du Centre de recherche viticole de Corse (CRVI) et qui restent son coeur de métier. Aujourd’hui, le CRVI a permis la réappropriation par les producteurs de 21 cépages différents, ce qui fait de la Corse une région pilote en matière de mise en valeur des ressources patrimoniales et de diversification de l’offre.

Quand Alexis Albertini, vigneron du plus haut vignoble de Corse parle du CRVI, il indique que « c’est l’organisme qui tire la filière vers la qualité et donc vers le haut ». Un avis partagé par de nombreux professionnels qui font appel aux connaissances et aux services du CRVI. Situé à San Giulianu, au coeur du pôle agronomique Corsic’Agropole, le CRVI effectue 60% de ses expérimentations dans toute l’île : dans les vignes et les chais des vignerons. Voilà qui exprime la grande proximité et l’interaction forte qui existent entre les professionnels et leur centre de recherche. Cette structure datant de 1982 est unique en son genre : indépendante, pluridisciplinaire, elle couvre l’ensemble des thématiques viti-vinicoles, de la vigne au vin, au service de la qualité et de la typicité.

Sa création est donc intimement liée à l’histoire récente du vignoble insulaire. Au sortir de la vague d’arrachages des années 70, le vignoble corse achevait de payer son lourd tribut à l’importation sur le sol corse de méthodes surproductives fondées sur l’exploitation de cépages allogènes, en provenance des territoires perdus d’Algérie. Un groupe de vignerons corses, soucieux de retrouver la voie de la typicité et de la qualité, décida alors de créer ce centre de recherche appliquée afin de produire les références techniques identitaires qui faisaient cruellement défaut à la viticulture corse. Josée Vanucci-Couloumère, la présidente du CRVI, en parle : « Il faut imaginer qu’avant ces années noires du vignoble corse, qui ont littéralement bouleversé le paysage viticole, les vignes, composées de petites parcelles, étaient surtout localisées en moyenne montagne. Là où on a du mal à imaginer sa présence. On en trouvait jusqu’à Mazzola dans le Boziu, qui contemplait à ses pieds les beaux vignobles du Cortenais ou de la pieve venacaise… Cervioni était une grosse zone de production de vin ». C’est souvent dans ces zones que les chercheurs du CRVI ont pu identifier des cépages autochtones abandonnés mais intacts, interroger les « anciens » sur les noms de ces plants et leurs synonymies, puis reconstruire patiemment le vrai visage du vignoble insulaire. Recensement des noms de cépages, prélèvements, préservation par la création d’un conservatoire, puis étude des comportements agronomiques, et vinifications.

Les vignes mères

Sous la houlette de Gilles Salva, directeur du matériel végétal, le CRVI fournit des greffons certifiés issus de ses vignes dites « mères ».

Greffons à partir desquels les pépiniéristes approvisionnent les vignerons en plants de cépages corses. La directrice du CRVI, Nathalie Uscidda-Pantalacci, auteur de la synthèse de 30 ans de travaux de recherche sur les variétés insulaires intitulée Le Riacquistu des cépages corses, a produit une bible que les vignerons, les sommeliers et les journalistes s’arrachent. Elle considère en ces mots la structure de recherche dont elle assure la conduite : « Nous sommes un musée à ciel ouvert en perpétuelle évolution et en constant libre-service pour les vignerons. Le CRVI est le gardien du temple : la mémoire et le futur du vignoble corse ».

La présidente du CRVI ajoute : « Peu à peu, les cépages rares se propagent dans le vignoble insulaire, comme une saine épidémie. Voyez le Biancu Gentile, un cépage absent du vignoble il y a 20 ans. Antoine Arena, alors président du CRVI, fut le premier à croire aux résultats du centre de recherche sur ce cépage. Il en planta sur son domaine en apportant son crédit et sa notoriété à un cépage qui désormais est présent dans de nombreux domaines ».Avec d’autres, Codivarta, Genovese, Aleaticu, Minustellu, Carcaghjolu Neru, il a tracé son sillon jusqu’à entrer dans le cahier des charges des AOP de Corse, aux côtés des Sciaccarellu, Niellucciu et Vermentinu, les plus connus, les plus répandus aussi, qui, de ces vins, constituent en quelque sorte la colonne vertébrale…

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