Accueil Non classé Il réinvente un système anti-gel pour la vigne

Il réinvente un système anti-gel pour la vigne

0
0
10

Récoltant manipulant en Champagne, Vincent Phlipaux a breveté un système de câbles électriques chauffants, en partie amovibles et alimentés par un groupe électrogène en bord de parcelle. Validés aux plans technique et environnemental par le Comité interprofessionnel du vin de Champagne, les fils sont désormais commercialisés sous la marque Alto’gel, créée par le vigneron.

24 000 €/ha

L’investissement est évidemment proportionnel à la densité. Il faut compter environ 24 000 € (comprenant fils, sondes, araignée, armoire électrique) pour protéger un hectare de 9 500 pieds, auxquels s’ajoutent le groupe électrogène et la consommation de carburant, estimée entre 120 et 140 € pour 7 heures de fonctionnement. Coûteuse, la solution peut être réservée aux zones les plus sensibles au gel. Elle mérite aussi d’être comparée aux techniques alternatives. Les bougies par exemple, c’est 4 000 €/ha par nuit, sans compter la pose. Et tout part en fumée…

En Champagne, les bouteilles avaient leur muselet. Les vignes ont désormais leurs câbles chauffants. Les premiers permettent au vin de s’échapper des bouteilles sous l’effet de la pression. Les seconds apportent des garanties quant à leur remplissage, en faisant office de parade contre le gel printanier. 1 000 ha, soit 3 % du vignoble : c’est la surface qui a été totalement anéantie par plusieurs épisodes de gel en 2019, selon le Comité interprofessionnel du vin de Champagne (CIVC), qui a recensé un total de 5 000 ha impactés.

Le gel, Vincent Phlipaux en réchappe depuis quelques années. Mais pas par hasard. Cela n’a pas toujours été le cas. En 2010, lorsqu’il s’installe sur l’exploitation familiale située aux Riceys (Aube), la plus grande commune viticole de l’appellation, il lui faut sécuriser la production, alors que le gel sévit plusieurs années de suite.

2017, l’année test

Au départ, le vigneron ressort les chaufferettes à pétrole, un temps remisées par ses parents, le gel s’étant éclipsé pendant plusieurs campagnes. « Ça marche », concède Vincent Phlipaux, « mais avec quelle débauche d’énergie et dégagements de CO2. Les chaufferettes traditionnelles, c’est 400 l/h/ha de fioul et un rechargement quotidien, au même titre que les bougies, dont la facture s’élève, à raison de 500 unités/ha, à 4 000 €/ha par nuit ».

C’est alors que lui vient l’idée de revisiter une solution préexistante mais pas totalement opérante, consistant à faire courir un câble électrique agrafé au fil porteur et au cordon. Parsemés de résistances, l’effet anti-gel s’opère par le réchauffement de l’atmosphère dans un rayon de 5 à 7 cm autour du fil, auquel s’ajoute un effet à distance par la circulation de la sève réchauffée. Il se trouve que cette année 2017 est une année où le gel sévit très fortement. Le CIVC relève cette année-là une perte de 23% des bourgeons sur l’ensemble du terroir. « Entre le rang protégé et son voisin non protégé, la production variait du simple au double », se remémore le vigneron.

18 grappes/m2 contre 3 grappes /m2

Fin 2017, Vincent Phlipaux dépose un brevet car il a significativement fait évoluer le concept, comparativement aux câbles d’origine, à la faveur de ses compétences en électro-mécanique. Une des améliorations qu’il apporte au système réside dans le caractère en partie amovible de l’installation. Si les câbles chauffants restent à demeure sur le fil porteur, la partie raccordement en bout de rang est amovible, déjouant les risques de vol hors périodes d’utilisation.

Un système d’araignées permet de relier les câbles à l’armoire électrique en bord de parcelle, alimentée par un groupe électrogène. Il faut 10 minutes pour réaliser le raccordement en bout de rang et protéger l’équivalent de 30 ares champenois (1 m ou 1,10 m X 1 m ou 1,10 m). En 2018, il réitère l’expérience, devant huissier. « En 2018, j’ai enregistré une production de 18 grappes par m2 dans les zones protégées, soit quasiment le potentiel maxi, contre 3 grappes par m2 dans les zones non protégées », indique le vigneron. « Sur un rang non protégé mais adjacent à un rang protégé, la production était de 9 grappes par m2 ».

Vers la certification environnementale

En 2019, le système Alto’gel a été déployé chez quelques clients à titre expérimental, ce qui a permis au CIVC de poser des sondes et d’évaluer l’intérêt de la technologie. Résultats ? « Les tests sont concluants », affirme le vigneron. « Outre l’efficacité, les câbles électriques présentent des gages environnementaux, comparativement aux chaufferettes et bougies ». Le procédé pourrait bénéficier d’une labellisation Haute valeur environnementale (HVE), le vignoble visant un taux de certification de 100% à l’horizon 2030.

D’autres vignobles sont bien évidemment dans le viseur d’Alto’gel même si les tarifs anoncés peuvent rebuter (voir encadré). Le procédé est compatible avec la taille en Guyot et en cordon de Royat, mais incompatible avec la taille Chablis et ses trois baguettes obliques. Les câbles restant à demeure n’entravent en rien les opérations mécaniques au vignoble. Gare cependant au coup de sécateur pendant la taille. « Aucune chance de prendre le jus », conclut le vigneron qui a prévu des kits de réparation.

Alto’gel a recruté son premier salarié mais entend monter en puissance tranquillement, en maîtrisant son développement et en conservant le lien direct avec les clients. De l’effervescence juste ce qu’il faut.

Publié par Raphaël Lecocq

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par ludovin
Charger d'autres écrits dans Non classé

Laisser un commentaire

Consulter aussi

MJSF ….et le lauréat est…

https://www.sommelier-formateur.com/1879-et-le-laureat-est Photo Jean Bernard Charlotte GU…