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Les IGP du Gard veulent relancer les cépages interdits

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Dans le vignoble cévenol, une grappe d’Isabelle, cépage interdit à la commercialisation en France, mais autorisé pour la consommation personnelle des producteurs (Crédits : Lumière)
Les professionnels viticoles du Gard veulent relancer les cépages hybrides aujourd’hui interdits. Outre leur résistance aux maladies, ces variétés, qui font partie du patrimoine viticole des Cévennes, permettraient d’apporter une typicité unique aux vins IGP du département, argumentent-ils.

La Fédération des vins IGP du Gard veut relancer une dizaine de cépages, aujourd’hui interdits en Europe. Dans une lettre adressée mi-février au ministre de l’Agriculture, cinq présidents d’organisations professionnelles gardoises, co-signataires de ce courrier, demandent à Didier Guillaume de négocier, dans le cadre de la PAC (Politique Agricole Commune), la levée de cette interdiction, pour réintroduire le Clinton, Noah, Isabelle, Othello, Herbemont et Jacquez dans l’encépagement gardois.

Des hybrides résistants aux maladies

Ces variétés hybrides sont des croisements entre l’espèce américaine Vitis Labrusca et notre espèce européenne Vitis Vinifera. Elles ont été implantées dans le vignoble français suite à la crise du phylloxera. En 1958, on en comptait encore 62 000 ha en France, dont une grande partie dans les Cévennes.

Suite à la crise de surproduction qui a touché le vignoble français au début du XXe siècle, elles ont été interdites à la commercialisation en 1934, interdiction qui a ensuite été adoptée au niveau européen. Variétés productives et résistantes aux maladies, elles avaient mauvaise presse : elles donnaient souvent des vins peu qualitatifs qu’on accusait également d’être riches en méthanol, un composé, toxique à haute dose, qui provient de la dégradation de la pectine des raisins.

Aujourd’hui, dans un contexte de réduction des traitements phytosanitaires, elles retrouvent de l’intérêt car ces hybrides sont résistants aux maladies et sont capables de produire des raisins sans qu’il soit nécessaire de les traiter.

Faire des vins non « photocopiables »

Christian Vigne, président des vins IGP Cévennes et co-signataire de la lettre au Ministre, est un fervent défenseur de ces hybrides.

« Outre leur résistance aux maladies, ces variétés ont un intérêt patrimonial. Elles font partie de l’histoire du vignoble cévenol où elles étaient très largement plantées au début du siècle dernier. Elles ont été affublées de tous les maux parce qu’à l’époque, ces raisins étaient vinifiés très artisanalement, sans les techniques de vinification dont nous disposons aujourd’hui. Nous avons fait des essais d’assemblage avec ces vins, qui sont encore produits très localement et les vins de Vitis Vinifera que nous produisons à la cave de Massillargues Attuech. Les résultats sont très intéressants. On pourrait faire des vins non « photocopiables » avec une vraie identité cévenole », plaide-t-il.

Des teneurs en methanol en dessous des seuils autorisés

Des analyses ont été réalisées par le laboratoire Natoli pour vérifier les teneurs en méthanol : elles sont certes plus élevées que dans les vins de Vitis Vinifera, mais restent très en-dessous des seuils maximums fixés par l’OIV (Organisation Internationale de la vigne et du vin).

« À ces doses, ces vins ne représentent aucun danger pour la santé », affirme Adeline Bauvard, Ingénieur agronome et œnologue au Laboratoire Natoli, dans le film Vitis Prohibita, réalisé sur ces cépages interdits. Dans ce documentaire qui sortira en salle au mois de juin, le cinéaste Stéphan Balay, retrace l’histoire ce ces cépages interdits et va à la rencontre de ces «rebelles» qui continuent à les produire.

« Autoriser à nouveau l’utilisation de ces cépages oubliés peut être une réponse aux actuels impératifs environnementaux tout en renouant avec le patrimoine viticole et le territoire, dimension très importante dans le domaine de l’oenotourisme. Nous vous demandons donc, Monsieur le Ministre, de lever l’interdiction européenne de ces cépages et de permettre leur commercialisation » écrivent les co-signataires dans leur lettre à Didier Guillaume. Une démarche qui a reçu le soutien, au niveau national, de la Conférence des vins IGP de France.

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